Qui sommes-nous

Version 2Comme la plupart des éleveurs, mes souvenirs d’enfant sont peuplés de chevaux…mon plus lointain souvenir doit remonter à mes 3 ans où je tannais mon père tous les dimanche pour qu’il m’emmène chez le monsieur qui faisait des tours à poney…Il tenait les poneys à la main et je voulais tout le temps qu’il coure, le pauvre, pour aller toujours plus vite, et je riais aux éclats sans me lasser, jusqu’à ce que le gentil Monsieur se repose enfin…Puis j’enlaçais « mon » poney (Zorro, comme il se doit…) de toute la force de mes petits bras en enfonçant ma tête dans sa crinière, en espérant que ce moment soit éternel…

Puis l’enfance et l’adolescence ont filé, avec leur lot de chutes, de peurs, de recommencements, de passions, de désespoirs, d’espoirs. Les noms des chevaux qui ont rempli mes rêves et mes cahiers d’école sont gravés dans ma mémoire à jamais  : Jess, Surprise, Nanouscka, Spitfire, Pepsi, Iris, Boy, Quiros…Comme je les ai aimés…J’ai passé les examens fédéraux, commencé à préparer le monitorat, les chevaux étaient au centre de ma vie…

Mais je suis issue d’un milieu où les chevaux n’ont pas de place, où l’éducation, l’école, la formation les études, sont les clés d’un avenir radieux. Les disputes familiales sur ce sujet étaient fréquentes et parfois très dures, mais il faut croire qu’au fond j’étais docile…et à 17 ans j’ai accepté le « deal » posé par mes parents : « Tu fais tes études d’abord, et si ça ne marche pas ou que tu n’arrives pas à gagner assez d’argent pour t’acheter ton cheval à 25 ans, tu pourras travailler dans les chevaux ».

J’ai dû manquer de suite dans les idées…A 25 ans, après de longues études à Paris, j’avais un super boulot et des amis dans cette ville que je détestais et dans laquelle je n’avais jamais imaginé rester…Je n’avais plus vu un cheval depuis mes 18/20 ans : pas le temps, pas les moyens, à Paris c’est tellement cher et compliqué. Alors j’ai tout enterré soigneusement, le plus profondément possible, loin, très loin. J’ai fui toutes les occasions de m’approcher d’un cheval, même en photo…. Le seul son des fers sur une route, la moindre odeur d’écurie, le moindre hennissement me faisait monter les larmes aux yeux, c’était le rappel si douloureux de ce que je vivais comme une trahison de moi-même..par moi-même…

Jusqu’en 2012…les circonstances de la vie m’amènent à quitter enfin Paris, presque sans me retourner. Et je réalise brusquement que « ça » redevient possible…Je me remets en selle, la peur au ventre. Pas la peur de tomber ou de me faire mal ; la peur de salir, de souiller, de briser la magie du souvenir…Et le miracle s’est produit. A peine en selle, les décennies sans monter se sont volatilisées. J’étais de retour à la maison….

Alors bien sûr, tout ne revient pas comme avant en 5 minutes ni même en une année, loin s’en faut. J’ai tant de choses à ré-apprendre. Mais c’est incroyable de se rendre compte à quel point « le corps se souvient ». Mieux et plus que la mémoire. J’avais curieusement perdu plus de vocabulaire (par exemple tous les petits mots qui décrivent les différentes parties de la bride ou de l’anatomie du cheval) que de gestes : mes mains ont pansé, sellé et bridé comme si elles l’avaient fait la veille…

Il se trouve qu’à peu près à cette époque j’ai déménagé avec mon compagnon Vincent en Ardèche dans le merveilleux et magique pays du Mezenc, en pleine nature. Et je me suis mise en quête de mon compagnon cheval. Je cherchais un grand cheval noir, comme dans mes rêves de petite fille, évidemment. Et Zelador, puisque c’est son nom, est un petit cheval gris….Pourquoi lui ? Je ne le saurai jamais. Si je vous dis que son sourire m’a fait craquer, vous vous moquerez de moi ? Vous auriez sans doute raison… Et pourtant c’est ce que j’ai ressenti, et j’avais besoin d’un ami-cheval qui m’aide à me remettre en selle, à reprendre mes marques en territoire équin. Et mon intuition ne m’a pas trompée, Zelador est un petit cheval magique…

C’est aussi, bien sûr, un Pur Sang Lusitanien. C’est par lui, grâce à lui, que j’ai voulu en savoir plus sur cette race extraordinaire, que je trouve si noble, si fière, si belle. Pour moi le Lusitanien incarne littéralement LE Cheval tel que je me le représente. Des proportions parfaites, des courbes harmonieuses, un équilibre idéal entre grâce et puissance, un léger parfum de « cheval sauvage » ou plus exactement d’un cheval profondément connecté à ses origines, à sa nature profonde, et non pas « trafiqué » à l’extrême par l’humain, et enfin, « last but not least » un mental exceptionnel, fait de coopération, de complicité, d’échange, de compréhension….

C’est ainsi que j’ai également découvert cette discipline magnifique qu’est l’équitation de travail, dans laquelle les lusitaniens peuvent exprimer toutes leurs qualités et leur tempérament. Bien sûr les lusitaniens peuvent également emmener leur cavalier très loin, voire au top, sur les carrés de dressage. Mais la polyvalence requise par l’équitation de travail, faite de dressage, de maniabilité et de tri de bétail, convient à merveille au lusitanien, et offre au cavalier une équitation à la fois technique, ludique et réjouissante….Pour en savoir plus sur l’équitation de travail je vous invite à consulter entre autres le site de l’AFL et celui de la FFE, qui gèrent les deux principaux circuits de compétition d’Equitation de Travail en France.

Bref…Pour finir ma « petite histoire », le destin s’en est mêlé,et le hasard a voulu, en plus, que j’aie pour voisin d’estives…un éleveur de chevaux. Chaque année, 6 à 8 mois par an, dans les montagnes qui m’entourent, pâture, dort, joue, et galope un merveilleux troupeau de chevaux : étalon, poulinières et…poulains, évidemment. Ces chevaux sont des Paint Horses, et l’éleveur, c’est Xavier Bois de Painthorse Mountain. Je lui dis souvent que « tout ça c’est à cause de lui »….C’est une façon pudique de lui dire merci, pour tout ce que j’apprends grâce à lui, qui élève des chevaux depuis si longtemps et si bien…C’est lui, entre autres, qui m’a permis de comprendre que, si, c’est possible aujourd’hui d’élever des chevaux au plus près de leur nature, en liberté presque totale, en troupeaux, avec très peu d’artifices. Et ses poulains sont les plus proches de l’homme qu’il m’ait jamais été donné de croiser…Alors j’espère suivre un peu ses traces, même si nous élevons des races différentes, et arriver à faire naître des poulains aussi bien dans leur tête que les siens…pour eux, pour moi, et…pour vous.

Voilà comment on se retrouve à démarrer un élevage de chevaux lusitaniens… Merci à Vincent qui partage ma vie et découvre les chevaux,  de bien vouloir partager tout ça aussi. Sans lui ça ne serait juste pas possible, j’aurais craqué au 20ème piquet de clôture à planter dans la caillasse…:-)